Alors que les combats se poursuivent dans l’est de l’Ukraine, Emmanuel Grynszpan, journaliste au « Monde » de retour du Donbass, a répondu à vos questions.
Au soixante-huitième jour d’une guerre dont l’intensité ne faiblit pas, l’Ukraine doit faire face à la lente progression des forces russes, en supériorité numérique et mieux dotées en armements lourds, dans l’est de son territoire. De retour du Donbass, où se concentre désormais l’essentiel de l’effort de guerre russe, le reporter du Monde Emmanuel Grynszpan a répondu à vos questions sur l’état d’esprit des soldats et habitants ukrainiens, et fait le point sur la situation militaire en Ukraine.En direct : Les dernières informations sur les combats en Ukraine
Dosto : Quel est l’état psychologique et de santé des troupes ukrainiennes du front ?
L’armée ukrainienne ne permet qu’un accès très restreint à ses soldats. Ceux que j’ai rencontrés étaient déterminés à se battre jusqu’au bout, plutôt bien équipés et organisés. Je sais que ce n’est pas le cas partout. J’ai aussi eu des contacts brefs avec des soldats démoralisés après que leurs unités ont été décimées. C’est normal dans une guerre de haute intensité.
Dans l’ensemble, leur courage est admirable, parce qu’ils sont soumis en permanence à un feu très nourri, ils font face à une armée plus nombreuse et supérieure en armements, disposant d’armes que les Ukrainiens n’ont pas : des missiles longue portée, des systèmes de brouillage électroniques très performants et une aviation très menaçante.
Côté santé, j’ai visité des hôpitaux militaires plutôt très bien équipés. Les blessés sont immédiatement stabilisés et convoyés dans des hôpitaux loin du front
Max : Pouvez-vous nous expliquer les chances de l’armée Ukrainienne face à la Russie ? Peut-elle gagner au Donbass ? Ou est-ce une question de temps avant qu’elle ne perde ?
L’idée dominante depuis le début de l’offensive russe dans le Donbass, c’est qu’il s’agit d’une course contre la montre. Les Ukrainiens attendent de recevoir de l’artillerie lourde (et de longue portée), des systèmes antiaériens réduisant la menace des avions, hélicoptères et drones. Ils considèrent qu’à la fin de mai les formations à l’utilisation du matériel occidental seront suffisantes, que ces armes seront déployées là où elles sont nécessaires et qu’il y aura alors un renversement de tendance. Les contre-offensives démarreront.
Pour l’heure, les Ukrainiens tentent de contenir la poussée russe dans le Donbass (avec un certain succès, mais des pertes élevées). L’encerclement de l’armée ukrainienne du Donbass par les Russes ne se fait pas. Les Ukrainiens mènent des raids efficaces pour couper les lignes de ravitaillement russes au nord, dans la région de Kharkiv. Les lignes ne bougent pratiquement pas dans le Sud, dans les régions de Zaporijia et de Kherson. Et Marioupol résiste toujours.

