Dans l’avion qui le ramenait d’un déplacement de trois jours au Kazakhstan, le souverain pontife a également défendu l’option du dialogue avec le régime chinois.
Par Cécile Chambraud
Après six mois de guerre en Ukraine, le pape François n’en démord pas : il faut continuer à proposer un « dialogue » à Vladimir Poutine. Dans l’avion qui le ramenait d’une visite de trois jours au Kazakhstan, jeudi 15 septembre, le chef de l’Eglise catholique a maintenu cette position, adoptée dès l’invasion russe le 24 février, qui ne fait pas l’unanimité chez les catholiques, notamment en Europe de l’Est.
Interrogé sur le point de savoir s’il existait « une ligne rouge » au-delà de laquelle le Vatican cesserait de se dire « ouvert au dialogue » avec Moscou, le pontife a répondu que selon lui, il faut « donner l’occasion de dialoguer à tous », même à un pays qui est « l’agresseur ». « Ça sent mauvais, a-t-il admis, mais on doit le faire. » Si on ne le faisait pas, a-t-il ajouté, « on fermerait l’unique porte raisonnable pour la paix ».Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Au Kazakhstan, le pape François appelle la communauté internationale à sortir de la logique des « blocs opposés »
Le pape a aussi été interrogé sur un autre versant de sa position sur ce conflit, celle des livraisons d’armes à l’Ukraine. Est-il légitime d’aider militairement le pays envahi ? A cette question, le souverain pontife avait reconnu, en mai, dans un entretien au quotidien italien Corriere della Sera, qu’il ne « savait pas répondre ». Sa réflexion sur le sujet a mûri. Jeudi, il a suggéré de prendre pour critère de jugement l’intention du fournisseur d’armes. « C’est une décision politique qui peut être morale si les conditions sont réunies. Mais cela peut être immoral si cela se fait avec l’intention de provoquer plus de guerres ou de vendre plus d’armes, ou de se débarrasser des armes qui ne servent plus », a-t-il dit.
La Chine, « un pays si complexe »
A Noursoultan, la capitale kazakhe, le pape a croisé, sans le rencontrer, le président chinois, Xi Jinping, en route pour une rencontre avec Vladimir Poutine dans l’Ouzbékistan voisin. Mais dans l’avion, il a également été interrogé sur le volontarisme qu’il déploie dans les relations entre le Vatican et Pékin. Le moment était délicat car, après avoir été brièvement arrêté au printemps, le cardinal Joseph Zen sera jugé à partir de lundi 19 septembre à Hongkong, diocèse dont il est évêque émérite. Le pontife argentin devait donc opter pour une réponse qui n’aggrave pas la situation du cardinal.
Là encore, il a défendu l’option du dialogue, avec le régime chinois cette fois. « Cela prend des siècles de comprendre (…) la mentalité chinoise, a-t-il fait valoir. Pour comprendre, nous avons choisi la voie du dialogue. » Il a reconnu que ce dialogue était « lent », mais il a assuré qu’il produisait « des pas en avant ». « Qualifier la Chine de “démocratie”, je ne le ferais pas, parce que c’est un pays si complexe (…) Oui, il est vrai qu’il y a choses qui, à nous, semblent être non démocratiques. Le cardinal Zen (…) dit ce qu’il sent, à savoir que là-bas, il y a des limitations. Plutôt que qualifier [le régime], ce qui est difficile, (…) je cherche à soutenir la voie du dialogue. En dialoguant, on clarifie tant de choses. »

