Par le Dr Denis Mukwege, gynécologue, militant des droits humains, Prix Nobel de la paix 2018

Trente-cinq ans après sa dernière participation, la République démocratique du Congo (RDC) a été réélue, le 6 juin, comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2025-2026. Cette désignation intervient dans un contexte lourd de sens pour notre pays : elle coïncide avec le quinzième anniversaire du Rapport Mapping, publié par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies, et survient trois décennies après le début des conflits armés qui continuent de ravager l’est de la RDC.

Depuis le milieu des années 1990, notre pays a été le théâtre de violences systémiques d’une ampleur rarement égalée depuis la Seconde Guerre mondiale. Des millions de morts, des centaines de milliers de femmes victimes de violences sexuelles, des déplacements massifs de populations : le peuple congolais endure, dans une relative indifférence internationale, des souffrances incommensurables. Et pourtant, ces crimes demeurent pour la plupart impunis.

Face à ce constat, l’entrée de la RDC au Conseil de sécurité doit être perçue comme une responsabilité historique, et non comme une simple reconnaissance diplomatique. Cette position offre à nos autorités une tribune unique pour faire progresser la justice transitionnelle et remettre la question de la lutte contre l’impunité au centre des priorités, tant nationales qu’internationales.

Le Rapport Mapping, rendu public en 2010, recense plus de 600 incidents graves pouvant constituer des crimes de guerre, crimes contre l’humanité, voire crimes de génocide. Il demeure à ce jour sans suites judiciaires. Or, l’inaction face à ces faits ne fait qu’entretenir les cycles de violence et miner les fondements mêmes de l’État de droit. C’est pourquoi nous réitérons l’appel à la mise en place d’un tribunal pénal international pour la RDC, ainsi qu’à la création de mécanismes nationaux complémentaires, dans le cadre d’une véritable stratégie de justice transitionnelle.

La participation de la RDC au Conseil de sécurité est une occasion de porter la voix des victimes à la plus haute tribune mondiale, mais aussi de témoigner d’une volonté politique forte de rompre avec des décennies de silence et de passivité. Il ne s’agit plus seulement de dénoncer : il s’agit d’agir.

Il est temps que l’État congolais place les aspirations légitimes de son peuple au cœur de son action. La justice n’est pas un luxe, ni un préalable lointain à la paix : elle en est la condition essentielle. Ce n’est qu’en réparant les blessures du passé et en garantissant que de tels crimes ne se reproduisent plus que nous pourrons bâtir un avenir digne pour les générations à venir.

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