À Luanda, un adolescent sans ressources a sauvé 32 passagers d’un bus en train de couler. Son geste courageux met en lumière les contradictions d’un pays où l’héroïsme naît souvent dans les marges.

Une rivière, des cris, et un instinct de vie

Ce jour-là, Mateús Domingos, 17 ans, ne cherchait pas à faire la une des journaux. Comme chaque matin, il était en quête de métal recyclable pour gagner quelques kwanzas. Le destin a voulu qu’il passe près d’une rivière lorsqu’un bus, après un accident, a plongé dans l’eau avec ses passagers piégés à l’intérieur. Des cris. De la panique. Et un silence lourd sur les rives.

Alors que certains témoins filmaient la scène, Mateús a plongé sans attendre. « Il savait nager, c’était tout ce qu’il avait », raconte un habitant présent ce jour-là. Il est remonté avec une première femme, déjà décédée. Puis il a replongé, encore et encore. En tout, 32 personnes ont été extraites vivantes de l’eau grâce à lui. Il n’avait ni gilet de sauvetage, ni renforts, ni reconnaissance. Seulement du courage, brut.

Une jeunesse sacrifiée… mais debout

Mateús est l’un de ces milliers de jeunes invisibles qui survivent dans les marges de Luanda, loin des centres de pouvoir et des projecteurs. Depuis l’âge de 10 ans, il travaille pour aider sa mère et ses six sœurs cadettes. Pas de scolarité régulière, pas de futur tracé. Et pourtant, c’est lui qui a incarné, ce jour-là, ce qu’aucune politique publique ne peut décréter : la fraternité, le réflexe de vie, l’humanité.

Son geste soulève une question dérangeante : comment se fait-il que ce soit un adolescent, sans formation ni soutien, qui ait agi là où les secours ont mis trop de temps à intervenir ? Pourquoi tant de passivité autour, tant de visages figés derrière un écran ? Le courage de Mateús devient une gifle symbolique à une société où l’émotion est immédiate, mais l’action rare.

Tardive reconnaissance, attentes immenses

Depuis l’événement, les hommages se multiplient. Le ministre de l’Intérieur a tenu à le recevoir officiellement. Les pompiers angolais souhaitent l’intégrer à leurs effectifs. Une pétition populaire réclame qu’il obtienne une bourse d’études, un logement digne, et l’accès à une vraie éducation.

Mais au-delà des honneurs, c’est un signal fort que l’Angola doit envoyer à sa jeunesse. « Si ce garçon retourne demain à la rue, alors c’est tout un pays qui aura échoué », commente une enseignante de Luanda.


📌 Encadré : Qui est Mateús Domingos ?

Âge : 17 ans

Origine : Quartier périphérique de Luanda

Situation familiale : Vit avec sa mère et ses 6 sœurs

Activité : Ramassage de ferraille pour survivre

Fait marquant : A sauvé 32 passagers lors du naufrage d’un bus

Reconnaissance : Reçu par le ministre de l’Intérieur, proposition d’intégration chez les pompiers

Une leçon pour la nation

Le geste de Mateús ne doit pas rester une anecdote. Il doit interroger les priorités d’un pays, l’accès à l’éducation, la place laissée aux jeunes défavorisés, et le fossé entre les élites et les invisibles.

Car si l’Angola peut produire des héros à 17 ans dans ses quartiers les plus précaires, alors elle doit aussi être capable de les protéger, de les éduquer, et de leur offrir une chance à la hauteur de leur humanité.

Jeampy ALIVISION

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