Dans un échange tendu sur les réseaux sociaux, l’ancien ambassadeur rwandais en RDC, Vincent Karega, et l’ex-gouverneur du Nord-Kivu, aujourd’hui ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, s’accusent mutuellement sur la question des FDLR et des violences dans l’Est de la RDC. Julien Paluku dénonce une stratégie délibérée de Kigali visant à recycler les rebelles pour maintenir une instabilité chronique.

Un nouvel affrontement verbal secoue les réseaux sociaux, opposant deux figures majeures des relations tumultueuses entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Dans un message publié sur son compte X (ancien Twitter), Vincent Karega, ex-ambassadeur rwandais en RDC, accuse frontalement Julien Paluku Kahongya de « défendre les FDLR » et va jusqu’à évoquer un « héritage génétique de haine » lié à l’histoire familiale de l’ancien gouverneur du Nord-Kivu. Une attaque jugée grave et incendiaire.

Julien Paluku, qui a dirigé le Nord-Kivu de 2007 à 2019 et occupe aujourd’hui le poste de ministre du Commerce extérieur, n’a pas tardé à réagir. Dans une mise au point détaillée publiée ce mardi 2 juillet 2025 sur son propre compte X, il démonte, point par point, les allégations de Vincent Karega. Il rappelle son engagement dans la lutte contre les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), affirmant avoir collaboré activement avec l’armée congolaise pour démanteler les dernières poches de résistance de ce groupe armé accusé d’exactions, de pillages et d’incendies visant les populations civiles du Nord-Kivu.

Un passé commun dans la lutte contre les FDLR

Julien Paluku souligne que le Rwanda lui-même, par le biais de son armée, a participé à des opérations conjointes avec les forces congolaises, notamment l’opération Umoja Wetu en 2009. Il rappelle que des milliers de combattants FDLR ont été rapatriés vers le Rwanda avec le concours de la MONUSCO et du HCR, une dynamique que Vincent Karega lui-même reconnaissait en 2022, lorsqu’il évoquait le retour de 12 000 ex-combattants rwandais depuis 2001.

Pour Julien Paluku, cet effort n’aurait toutefois pas suffi à stabiliser durablement la région. Selon lui, Kigali aurait adopté une stratégie cynique de « recyclage » des FDLR : certains combattants, une fois rapatriés, auraient été renvoyés clandestinement dans l’Est de la RDC pour raviver les foyers de tension. L’ancien gouverneur affirme détenir des preuves biométriques, obtenues grâce à la MONUSCO et au HCR, attestant de ces mouvements suspects.

Une instrumentalisation dénoncée

Pour Julien Paluku, la stratégie visait à entretenir une menace permanente afin de justifier les incursions militaires répétées du Rwanda sur le territoire congolais, tout en maintenant une pression géopolitique sur Kinshasa. Il accuse Kigali d’exploiter les FDLR comme prétexte pour s’arroger un droit d’ingérence dans les affaires congolaises.

Dans sa réponse, Paluku interpelle directement Vincent Karega avec une formule lourde de reproches :
« Le Congo t’a tout donné. Tu devrais te taire face au malheur des Congolais, ou au moins expliquer à tes compatriotes la grandeur de ce pays qui t’a accueilli. »

Il poursuit en insistant sur l’engagement du peuple congolais à œuvrer pour la paix, la fraternité et la réconciliation entre les peuples de la région.

Vers une page qui se tourne ?

Julien Paluku évoque également l’accord de paix récemment signé à Washington entre la RDC et le Rwanda. Il salue ce compromis dans lequel Kinshasa s’est engagé à neutraliser les FDLR comme geste de bonne foi, tout en avertissant que le Congo ne tolérera plus la moindre présence armée illégale sur son territoire.

Dans une note finale empreinte de symbolisme, il annonce qu’en ce 2 juillet, date de clôture de l’année scolaire en RDC, il mettra également un terme à ses interventions sur ce sujet : « L’épisode est clos. »

Jeampy ALIVISION

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