Dans le cadre du partenariat stratégique RDC–États-Unis, baptisé « Deal Minerais–Sécurité », la question du lieu d’implantation des infrastructures industrielles suscite un débat de fond en République démocratique du Congo.
Alors que la coopération vise à renforcer la transformation locale des minerais stratégiques, une partie de cette activité pourrait être externalisée hors du territoire congolais. C’est ici que s’installe une fracture de l’opinion : le Rwanda ou le Burundi ?
Pour de nombreux Congolais, le Rwanda est disqualifié d’office. Qualifié de pays agresseur en raison de son soutien documenté aux rebelles du M23, Kigali est perçu comme un acteur hostile aux intérêts de la RDC. L’idée que des minerais congolais puissent être transportés pour y être transformés dans ce pays suscite l’indignation. Pour beaucoup, cela représenterait une insulte à la mémoire des victimes des conflits dans l’Est, et une prime à l’impunité.
À l’inverse, le Burundi bénéficie d’une image bien plus favorable. Perçu comme un allié diplomatique et militaire de Kinshasa, Bujumbura apparaît comme un partenaire naturel, en phase avec les objectifs de souveraineté et de sécurité de la RDC. Dans cette optique, plusieurs acteurs congolais plaident pour que les éventuelles externalisations industrielles dans le cadre du Deal soient dirigées vers le Burundi plutôt que vers le Rwanda.
Mais au-delà du choix entre voisins, une revendication majeure revient avec force dans les débats : 90 % des infrastructures industrielles devraient être installées directement en RDC, afin d’en maximiser les retombées économiques nationales. Le reste, soit 10 % au maximum, pourrait être externalisé – à condition qu’il le soit vers un partenaire loyal, à l’image du Burundi.
Ce débat met en lumière les dimensions politiques, morales et économiques du redéploiement de l’industrie extractive en Afrique centrale. Pour nombre de Congolais, il ne s’agit plus seulement d’exploiter les ressources, mais de le faire avec mémoire, cohérence et souveraineté.
Un mot d’ordre émerge : Pas un gramme de minerai congolais ne doit être traité dans un pays accusé d’agression contre la RDC.

