Dans les collines verdoyantes du Kivu, les cicatrices sont invisibles mais béantes. Depuis 1996, des milliers de femmes congolaises portent en elles le poids d’une guerre silencieuse : celui du viol utilisé comme arme de domination. Une étude publiée en 2025 par Masako Yonekawa, chercheuse en Peace Studies à Kobe College (Japon), vient lever le voile sur l’ampleur et l’organisation de cette stratégie, attribuée au Front Patriotique Rwandais (FPR) et à l’armée rwandaise.

Une violence planifiée, pas un “excès de guerre”

“Ce ne sont pas des dérives individuelles”, tranche Yonekawa. Selon elle, les viols collectifs, mutilations sexuelles et violences extrêmes constituent une stratégie militaire et politique planifiée. Le FPR aurait infiltré les forces armées congolaises et manipulé divers groupes rebelles, utilisant le viol pour semer la terreur, briser les communautés et provoquer l’exode des populations dans les zones jugées stratégiques.

Le viol au service du pillage des minerais

Derrière l’horreur, un calcul froid : contrôler les terres riches en coltan, or et cassitérite. “Le viol devient une arme démographique et économique”, écrit la chercheuse. Chasser les habitants, vider les villages, puis laisser place au pillage organisé des ressources au profit de Kigali et de ses alliés. Une mécanique directement liée au commerce mondial des minerais stratégiques.

Masquer les coupables, fabriquer des boucs émissaires

L’étude souligne également une stratégie d’impunité. Les soldats rwandais auraient été entraînés à utiliser le viol comme arme, tout en se faisant passer pour d’autres groupes armés : Interahamwe, FDLR ou Mai-Mai. Une mise en scène destinée à brouiller les pistes et à dédouaner le FPR, tout en renforçant la confusion dans l’opinion internationale.

Des communautés brisées

Pour les survivantes, les conséquences sont irréparables : fistules, VIH, grossesses forcées. Mais au-delà du drame individuel, c’est tout un tissu social qui s’effondre. Les familles se disloquent, l’agriculture s’arrête, les villages se vident. “On a voulu briser la masculinité des hommes congolais, les réduire à l’impuissance face à leurs femmes violées”, note Yonekawa, soulignant la dimension symbolique de cette arme de guerre.

Une paix impossible sans justice

Près de trente ans plus tard, la chercheuse japonaise est catégorique : “Ces crimes ne sont pas des excès, mais une politique de conquête et de pillage.” Et tant que l’impunité du FPR perdure, ajoute-t-elle, la paix et la dignité resteront hors de portée pour les populations de l’Est du Congo.

Jeampy ALIVISION

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