Trois ans après les inondations meurtrières de Mont-Ngafula, les sinistrés attendent toujours les logements sociaux promis par le président Félix Tshisekedi. Derrière ce fiasco, un rapport du Conseil présidentiel de veille stratégique (CPVS) met en cause de graves détournements financiers, où apparaît le nom de l’ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi.
Une promesse présidentielle née d’un drame
Décembre 2022. Les pluies diluviennes frappent Kinshasa et emportent 168 vies. Des milliers de familles, en particulier celles du quartier Matadi-Kibala, se retrouvent à la rue. Face à l’émotion, le chef de l’État promet un plan ambitieux : construire en urgence 1000 maisons préfabriquées à Mukilango pour reloger les victimes.
En juillet 2023, le projet est lancé avec un délai annoncé de sept mois. L’opération devait symboliser la résilience nationale. Mais aujourd’hui, le chantier est toujours désert. Aucune maison n’a été livrée.
Des millions volatilisés
Qu’est-il arrivé aux fonds mobilisés ? C’est la question qu’a voulu éclairer le CPVS. En août dernier, sous la direction de François Muamba, une mission de cinq jours a été menée pour évaluer le projet.
Le rapport de 14 pages qui en résulte, publié par AfricaNews, est accablant : plusieurs dizaines de millions de dollars auraient été décaissés, sans qu’aucune trace tangible de leur utilisation n’apparaisse. “L’argent s’est volatilisée”, note le document, qui décrit une gestion chaotique et des circuits financiers opaques.
Le rôle trouble de Nicolas Kazadi et ses propres aveux
Selon plusieurs sources citées par le rapport, l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi aurait joué un rôle central dans ces opérations. Il est soupçonné d’avoir facilité ou couvert des décaissements douteux.
Dans des déclarations faites à la télévision, Nicolas Kazadi a évoqué des pratiques inquiétantes au sommet de l’État :
« Il arrive que certains proches du président se partagent l’argent alloué aux projets avant même qu’ils ne commencent. »
Ces propos, tenus par un ancien ministre des Finances, donnent un relief particulier au scandale des “1000 maisons”. Ils alimentent la thèse selon laquelle une partie des fonds aurait été siphonnée avant même le démarrage effectif du chantier.
Les sinistrés oubliés
Pendant ce temps, les familles de Matadi-Kibala continuent de vivre dans la précarité. Trois ans après la catastrophe, la promesse présidentielle demeure lettre morte. “On nous avait dit qu’on aurait une maison, aujourd’hui on n’a rien, même pas un mur”, témoigne un sinistré interrogé par echospublics.net
Un symbole d’impunité ?
Le scandale des “1000 maisons” pourrait bien devenir l’un des plus retentissants du quinquennat. Il met en lumière les failles de la gouvernance et la difficulté du pouvoir à traduire ses engagements en actes concrets.
Pour Nicolas Kazadi, déjà critiqué pour sa gestion controversée des finances publiques, ce nouveau dossier sonne comme un retour en force des accusations de détournement. Pour les sinistrés, c’est surtout le symbole cruel d’une promesse trahie.
Jeampy Alivision

