Antananarivo (Madagascar) – Une nouvelle page s’est ouverte, mardi 14 octobre, dans la tourmente politique qui secoue Madagascar. Le président Andry Rajoelina, figure centrale de la vie politique malgache depuis quinze ans, a été destitué par l’Assemblée nationale. Quelques heures plus tard, une unité militaire ralliée à la contestation populaire a annoncé « prendre le pouvoir », dissolvant le Sénat et la Haute cour constitutionnelle.

« Nous prenons le pouvoir à partir d’aujourd’hui », a déclaré le colonel Michael Randrianirina, à la tête d’une unité qui s’est jointe au mouvement de la “Gen Z”, une contestation de jeunes citadins et étudiants mobilisés depuis plusieurs semaines contre le régime. Devant le palais présidentiel d’Antananarivo, l’officier a justifié son geste par « la volonté du peuple et la nécessité de restaurer la stabilité ».

Un bras de fer institutionnel

Quelques heures avant ce coup de théâtre, le président Rajoelina avait annoncé, par décret diffusé sur la page Facebook officielle de la présidence, la dissolution de l’Assemblée nationale, invoquant l’article 60 de la Constitution. « Ce choix s’impose pour rétablir l’ordre au sein de notre nation et renforcer la démocratie », avait-il justifié.

Mais l’Assemblée a maintenu sa séance et voté, par 130 voix sur 163, la destitution du chef de l’État pour « violation de la Constitution » et « incapacité à gouverner ». Ce vote, largement majoritaire, devait encore être validé par la Haute cour constitutionnelle — désormais dissoute par les militaires.

Le président isolé et en fuite

Andry Rajoelina, retranché dans un lieu tenu secret, a dénoncé une « réunion dépourvue de toute base légale ». Son entourage parle d’un « coup d’État déguisé ». Lundi, lors d’une rare apparition télévisée, il avait exclu toute démission et appelé au « respect des institutions ».

Mais l’équilibre du pouvoir s’est effondré ce week-end lorsque l’unité du colonel Randrianirina, jusqu’ici loyale, a rejoint les rangs de la contestation. Ce basculement militaire a privé le président de son principal soutien et accéléré son isolement.

La rue en ébullition

Depuis plusieurs semaines, la capitale vit au rythme des rassemblements de jeunes manifestants réclamant « la fin du régime Rajoelina ». Regroupés sous la bannière Gen Z Madagascar, ces militants dénoncent la corruption, la vie chère et la concentration du pouvoir exécutif.

Les appels à la mobilisation ont trouvé un écho massif dans une population exaspérée par les difficultés économiques et la dégradation des services publics. À Antananarivo, des barricades ont été érigées dans certains quartiers, tandis que des blindés stationnent autour du palais présidentiel.

Un scénario familier

Ce n’est pas la première fois que Madagascar bascule dans la crise. En 2009, Andry Rajoelina, alors maire de la capitale, avait lui-même pris la tête d’un soulèvement soutenu par l’armée qui avait conduit à la chute du président Marc Ravalomanana.
Son retour au pouvoir en 2019, par les urnes cette fois, avait suscité l’espoir d’une stabilisation politique durable. Mais le pays n’a jamais vraiment surmonté la méfiance entre institutions civiles et forces armées.

Une transition incertaine

Pour l’heure, aucune autorité légitime ne semble en mesure d’assurer la transition. L’Assemblée nationale, laissée intacte par les militaires, tente de maintenir un semblant d’ordre constitutionnel. Mais sans président ni cour constitutionnelle, le pays entre dans une zone grise institutionnelle.

La communauté internationale, prudente, n’a pas encore réagi officiellement. Des diplomates occidentaux appellent en coulisses à la retenue, tandis que l’Union africaine et la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) devraient convoquer d’urgence une réunion sur la situation.

À Antananarivo, la tension reste palpable. Entre les blindés devant les bâtiments officiels et les cris des manifestants réclamant un « nouveau départ », Madagascar revit les fantômes de ses crises passées, tiraillée entre aspirations démocratiques et réalités d’un pouvoir encore profondément militarisé.

Recent posts

Motivation de la Semaine

« L’actualité institutionnelle mondiale constitue le reflet des équilibres géopolitiques et des normes qui orientent la gouvernance internationale. »

JA