Condamné à trois ans de travaux forcés pour détournement de fonds, l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, brise le silence depuis sa cellule de détention. Dans une longue lettre manuscrite de treize pages adressée à ses partisans, il se présente comme victime d’une machination orchestrée par des “réseaux politico-judiciaires” au sein même du pouvoir qu’il servait. L’ancien patron du ministère de la Justice, qui n’a pas été transféré à la prison centrale de Makala pour des raisons de sécurité, affirme être détenu dans des conditions inhumaines et sans base légale : “Je suis privé de liberté, de soins, d’air naturel et de tout contact avec l’extérieur”, écrit-il, dénonçant un procès “bâti sur le mensonge et l’argent sale”.
Mutamba, reconnu coupable en septembre d’avoir détourné près de 20 millions de dollars destinés à la construction d’une prison à Kisangani, rejette catégoriquement les accusations. Il affirme que ces fonds “ont été imaginairement détournés” et que toutes les règles de procédure ont été violées. S’il n’épargne ni le système judiciaire ni les proches collaborateurs du chef de l’État, il prend soin de ménager Félix Tshisekedi, qu’il présente comme “mal compris” par ses conseillers. Selon lui, certains hauts responsables “manipulent la justice pour leurs propres intérêts”, exposant le président et “desservant la République”. “Ceux qui ont monté ce procès ne servent ni le pays ni le chef de l’État, mais plutôt les intérêts étrangers”, écrit-il, en allusion à Kigali.
Dans son courrier, Constant Mutamba mêle défense personnelle et réquisitoire politique. Il se réfère aux figures de la lutte panafricaine comme Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Nelson Mandela, pour appeler la jeunesse congolaise à “rompre avec la peur et l’intimidation”. Il fustige ce qu’il appelle “le cancer destructeur de la corruption”, accusant les élites de trahir les idéaux de justice et de souveraineté. Pour lui, son incarcération n’est qu’un épisode d’une guerre politique plus large visant à neutraliser les voix dissidentes: “Ils ont cru m’humilier, mais c’est tout un pays qu’ils ont humilié”, conclut-il dans ce texte au ton mêlant colère, défiance et victimisation.
Alors que ses avocats annoncent une procédure d’appel, le “cas Mutamba” révèle une nouvelle fois les fractures au sein du pouvoir congolais et les tensions persistantes entre institutions politiques et judiciaires. Entre plaidoyer de victime et stratégie de repositionnement, la sortie de l’ancien ministre s’inscrit dans une logique de revanche politique. Reste à savoir si son cri d’indignation, lancé depuis sa cellule, parviendra à émouvoir l’opinion, ou s’il marquera la chute définitive d’un ancien visage du système Tshisekedi.

