La République démocratique du Congo est à la croisée des chemins.
À l’Est, les armes parlent plus fort que les discours.
À Kinshasa, les conditions politiques s’accumulent autour d’un dialogue national dont la date reste incertaine.
Le président Félix Tshisekedi se dit favorable au dialogue, mais avec des préalables.
L’opposition réclame le dialogue, mais rejette les conditions du pouvoir.
Les groupes armés, eux aussi, posent leurs exigences.
Pendant que chacun fixe ses lignes rouges, le pays saigne.
Et au milieu de ce tumulte, une voix ose poser la vraie question :
peut-on dialoguer sans affronter la vérité ?
Le courage de dire ce que d’autres évitent
Le 10 février 2026, le Conseil interreligieux congolais (CIC), conduit par l’archevêque Dodo Israël Kamba, a rencontré André Mbata pour remettre une note conceptuelle plaidant pour la création d’une Commission Vérité et Réconciliation avant toute tenue du dialogue national.
Ce geste n’est pas anodin.
Il ne s’agit pas d’un simple document administratif.
C’est un signal politique, moral et historique.
Car la crise congolaise n’est pas seulement militaire. Elle est mémorielle. Elle est morale. Elle est nationale.
Des millions de Congolais portent des blessures invisibles : massacres impunis, déplacements forcés, trahisons politiques, frustrations accumulées. On ne construit pas une paix durable en contournant ces cicatrices.
La véritable paix ne peut être un arrangement politique
Un dialogue sans vérité risque de devenir un partage de postes.
Un compromis sans responsabilité risque d’encourager la répétition des violences.
Dodo Kamba ne propose pas l’impunité.
Il propose la reconnaissance.
Il propose la repentance.
Il propose une justice réparatrice capable de rapprocher les fils et filles d’un même pays.
L’exemple de l’Afrique du Sud montre qu’un peuple peut affronter son passé sans s’effondrer — au contraire, il peut s’en relever.
La question est simple :
la classe politique congolaise est-elle prête à ce courage ?
L’inclusivité, un mot ou une réalité ?
Tout le monde parle d’inclusivité.
Mais qui est réellement prêt à dialoguer avec ceux qu’il considère comme adversaires irréconciliables ?
Le CIC rappelle une vérité dérangeante : une paix durable exige que l’on parle même à ceux qui ont fauté, afin de leur donner l’occasion de réparer. Non pour les blanchir, mais pour les responsabiliser.
C’est un pari risqué.
Mais refuser ce pari, c’est accepter une paix fragile, temporaire, instable.
Le rôle prophétique des Églises
Dans un pays profondément croyant, les confessions religieuses ne peuvent rester spectatrices.
En proposant un mécanisme Vérité et Réconciliation, le CIC endosse un rôle prophétique : rappeler à la Nation que la paix commence dans la conscience avant de se signer sur le papier.
À Luanda, les dirigeants africains ont confié à l’Angola une mission de consultations pour favoriser le dialogue.
Mais aucune médiation extérieure ne remplacera une volonté intérieure d’affronter la vérité.
L’heure du choix
La RDC peut choisir un dialogue stratégique, calculé, limité dans le temps.
Ou elle peut choisir un dialogue courageux, fondé sur la vérité et la réconciliation.
L’histoire observe.
Le peuple attend.
Les victimes espèrent.
Et la voix de Dodo Kamba résonne comme un avertissement :
Sans vérité, la paix ne sera qu’une pause entre deux crises.
Jeampy A

